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Les tests EPSO : le cauchemar du recrutement de l’UE se poursuit

Pour ceux qui rêvent d’une vie au Berlaymont, le chemin qui mène à la fonction publique européenne n’est plus seulement jalonné de puzzles logiques rigoureux et de multilinguisme. Il est de plus en plus souvent jalonné de messages « Error 404 » et d’écrans figés.
L’Office européen de sélection du personnel (EPSO), l’organisme chargé de pourvoir les postes de l’Union européenne (UE) en personnel, est actuellement plongé dans une transformation numérique qui s’avère être moins une avancée rationalisée qu’un trébuchement maladroit.
La nouvelle garde
En juin 2025, l’EPSO a tenté de tourner la page sur des années d’échecs informatiques en signant un contrat-cadre avec Open Assessment Technologies (OAT) S.A. en tant que principal fournisseur de tests à distance. Soutenue par Prometric Ireland Ltd en tant que fournisseur secondaire « en cascade ». Cette transition a été annoncée comme une révolution « centrée sur le candidat » visant à améliorer la sécurité et l’expérience de l’utilisateur. L’objectif était de disposer d’une plateforme robuste et flexible qui mettrait enfin un terme au « cauchemar des tests », à la suite des retards considérables enregistrés en 2025 en raison du manque de fiabilité du système précédent.
Un Parlement à couteaux tirés
L’optimisme a été de courte durée. Fin 2025, le Parlement européen a publié une résolution cinglante (2025/2880(RSP)) condamnant « les insuffisances techniques, organisationnelles et procédurales répétées ». Les députés ont cité des candidats souffrant d’une « détresse mentale importante » et d’une « perte de confiance » dans le processus de recrutement. La résolution demande à la Commission de proposer des solutions équitables, telles que des « options flexibles et rapides pour les nouveaux tests », et insiste sur la réintroduction de centres d’examens physiques pour garantir un environnement normalisé.
La ligne officielle
L’EPSO est toutefois resté largement sur la défensive. Ses responsables ont récemment déclaré à la presse que le nombre de plaintes n’était « pas alarmant » et qu’il restait dans les normes du secteur. Au lieu d’invoquer une défaillance systémique, EPSO et ses fournisseurs de logiciels ont souvent pointé du doigt les candidats, suggérant que de nombreuses difficultés résultaient d' »environnements non conformes » – en particulier du matériel informatique obsolète ou une mémoire vive insuffisante. Pour les candidats qui ont suivi toutes les instructions et qui ont vu leurs examens disparaître dans l’éther numérique, cette réponse ressemble moins à un soutien qu’à un haussement d’épaules institutionnel.
Un désastre sur le terrain : L’expérience AD7
Si le nouveau fournisseur était censé être le « jalon critique » de la stabilité, le concours de gestion des bâtiments AD7 suggère que le système est toujours en arrêt cardiaque. Loin de l' »interface conviviale » promise, l’expérience du 27 janvier 2026 a été marquée par un « crash total » :
Progression gelée : Les candidats ont déclaré avoir été bloqués pendant 10 à 15 minutes entre les segments du test, par exemple entre le test de raisonnement numérique et le test de raisonnement abstrait.
Sessions disparues : De nombreux candidats ont rencontré des erreurs de type « page non trouvée » ou ont été complètement expulsés du système. Après actualisation ou redémarrage, leurs examens ont été prématurément marqués comme « terminés » ou « finis », empêchant tout accès ultérieur.
Absurdités de l’interface : La plateforme « centrée sur le candidat » proposait une calculatrice en ligne et un bloc-notes de taille gigantesque qui occupaient tout l’écran et ne pouvaient pas être réduits.
Défauts de saisie : Certains candidats ont été contraints d’utiliser leur souris pour prendre des notes ou de cliquer sur les boutons de la calculatrice parce que leur clavier ne répondait pas ou effaçait des chiffres au lieu de les calculer.
Le paradoxe du rapport : si beaucoup acceptent que des problèmes informatiques surviennent, le minimum attendu est un moyen fonctionnel de les signaler.
Des instructions contradictoires : La politique officielle d’EPSO en matière de réclamations renvoie à un formulaire de contact pour les candidats, alors que ceux qui ont contacté le fournisseur, le TAO, ont été invités à remplir une demande sur le « portail unique des candidats » en apportant la preuve de la défaillance.
Le vide du service d’assistance : De nombreuses personnes ont passé de 20 à 60 minutes en attente avec TAO sans obtenir de réponse. Certains ont attendu plus d’une heure avant que l’appel ne soit déconnecté…
Laissés dans l’ignorance, les candidats se sont interrogés sur les forums en ligne pour savoir si un courriel suffirait comme « preuve » de leur tentative de contact avec le service d’assistance, ou s’ils étaient tenus d’enregistrer leurs appels téléphoniques infructueux. Certains ont même enregistré leur écran sur haut-parleur pour prouver que la ligne d’assistance ne répondait pas.
Le témoignage d’un candidat au concours AD7 est un résumé poignant de l’échec systémique de la journée. Après s’être préparé à la transition vers la nouvelle plate-forme, le candidat a vu avec horreur son ordinateur se bloquer lors du tout premier segment de test. Après un redémarrage désespéré, le système l’a froidement informé que la session était déjà « terminée », le disqualifiant de fait avant même qu’il ne puisse commencer. Bien qu’ils disposent d’une machine de haute qualité et d’une connexion stable – l' »environnement conforme » qu’EPSO cite fréquemment – ils sont restés en attente pendant près de 40 minutes avant d’être finalement contactés par un représentant. J’avais entendu parler de problèmes techniques antérieurs », note le candidat, « mais je ne m’attendais pas à ce que le « nouveau départ » soit si peu différent du vieux cauchemar ». Pour le service de recrutement de l’UE, la crise a dépassé la salle des serveurs ; il s’agit maintenant de savoir si un candidat talentueux prendra la peine de risquer son avenir professionnel sur un système qui semble fondamentalement conçu pour le faire échouer.
Concours internes AD5/AD6 : le jury revoit les questions du QCM
M. Quest, directeur général des ressources humaines, nous a informés que le jury a procédé à une révision globale des questions du QCM afin d’identifier les questions qui ont fait l’objet d’une neutralisation.

Chères et chers collègues,
Tout d’abord, nous tenons à vous remercier pour les paroles et les courriers d’encouragement que vous nous avez envoyés suite à la lettre ouverte que nous avons adressée au directeur général des ressources humaines, Stephen Quest, le 24 mars à propos des problèmes survenus dans le cadre des concours internes AD5/AD6.
Nous sommes heureux de vous informer qu’en marge d’une réunion de dialogue social, M. Quest nous a informés que le jury va procéder à une révision globale des questions du QCM afin d’identifier les questions qui devront faire l’objet d’une neutralisation.
Nous sommes heureux d’avoir pu vous aider dans ce dossier et notre réussite est un indicateur de plus de l’importance pour le personnel de pouvoir compter sur un syndicat réactif et efficace.
Nous continuerons, dans ce dossier comme dans d’autres, à être à vos côtés et à faire entendre votre voix pour protéger vos droits et pour que l’Union européenne continue à être défendue par une fonction publique à la hauteur des défis qui se présentent à elle.
Les concours, un fiasco de plus qui ne peut rester sans réponse !

Cher M Quest,
Après les déboires rencontrés dans l’organisation des concours externes, l’organisation des tests de présélection « Questionnaire à choix multiples » (QCM) pour les récents concours internes AD5 et AD6 a également rencontré des problèmes importants. La Commission doit résoudre ces dysfonctionnements sans plus attendre. Pour sa réputation, mais aussi par respect pour les candidats qui, en l’occurrence, sont des collègues travaillant pour notre institution.
Nous demandons à la Commission d’annuler les tests à choix multiples critiqués et de reprogrammer rapidement la livraison d’un test de meilleure qualité.
Tenant compte du fait que :
- certains collègues qui ont participé à ce concours risquent de ne pas avoir la possibilité de rester dans le système parce qu’ils ont atteint la limite de temps contractuelle ;
- les services concernés de la Commission ont un besoin urgent de conserver leur expertise et leurs talents, notamment à la lumière des nouvelles orientations stratégiques de la Commission ;
- l’organisation a besoin de personnes compétentes pour le travail à accomplir.
U4U demande que :
- le jury annule immédiatement l’épreuve de QCM mal conçue et la réorganise à un niveau de qualité compatible avec ce que l’on peut attendre d’une institution comme la Commission européenne
- les collègues qui sont sur le point de terminer leur mission à la Commission ne soient pas affectés par les conséquences de la situation actuelle et aient donc la possibilité de se représenter à la présélection par QCM ;
- le jury vérifie avec précision la qualité de la nouvelle série de questions afin de s’assurer qu’elles sont appropriées et en adéquation avec les compétences et l’expérience des candidats et suffisamment diversifiées pour garantir une réelle égalité de traitement entre les collègues venant d’horizons divers.
- Le jury vérifie soigneusement, compte tenu de la différence de longueur des textes utilisés pour l’épreuve écrite, que tous les candidats sont traités de manière égale.
Vous trouverez en annexe une note pour le dossier avec un résumé des questions identifiées par les collègues qui nous ont contactés au sujet de l’organisation de ce concours.
Nous travaillons pour l’objectif commun de faire de l’UE une institution plus forte, mais pour cela nous devons rapidement identifier les signaux qui peuvent entraver l’avenir d’une administration européenne plus forte.
U4U a défendu auprès de ses collègues l’importance d’un système de carrière européen basé sur la transparence, les compétences, l’engagement et la croissance professionnelle, et nous tenons à poursuivre dans cette voie.
Nous sommes convaincus que l’administration réagira rapidement pour rectifier la situation, et nous attendons donc votre réaction.
Georges Vlandas Yves Caelen Annabelle Menendez-Vallina
President Vice-president Secretary-General (act.)
25/03/2025
TRIBUNE LIBRE : EPSO réintroduit les concours généraux : une expérience mitigée pour les candidats

Après une longue interruption, EPSO a finalement repris ses concours généraux, en commençant par *Transport* et plus récemment *Statistique*.
Les candidats espéraient qu’après les nombreux problèmes rencontrés avec le fournisseur de l’année dernière, la nouvelle plate-forme technique, gérée par une société différente, leur assurerait une expérience plus harmonieuse. Bien que les problèmes techniques les plus importants des années précédentes aient été atténués, certains candidats ont encore rencontré des difficultés sporadiques.
Les rapports des candidats ont mis en évidence divers problèmes techniques, notamment le décalage, l’absence ou l’incohérence du chronomètre à l’écran, et des outils immobiles, tels qu’une calculatrice qui masquait certaines parties des questions textuelles. En outre, certains candidats ont rencontré des problèmes avec un outil de prise de notes indisponible, qui était censé être une ressource précieuse tout au long de l’examen.
En réponse aux premières plaintes écrites, EPSO a précisé que si les candidats n’essayaient pas de contacter le service d’assistance de l’application TestWe pendant le test, leurs plaintes seraient automatiquement rejetées. Certains candidats ont choisi de ne pas signaler les problèmes au milieu du test, espérant que les pépins se résoudraient d’eux-mêmes, tandis que d’autres ont tenté de contacter le service d’assistance, mais n’ont reçu aucune réponse malgré de multiples tentatives. Le fait qu’EPSO s’en remette aux candidats pour obtenir une assistance technique en temps réel soulève des questions en termes d’accessibilité et de responsabilité. Ce problème n’est pas passé inaperçu, puisque le Médiateur européen s’est penché sur l’approche de l’EPSO en matière de plaintes techniques, suggérant à l’EPSO d’adopter une approche plus flexible.
« Si EPSO exige que les candidats aient d’abord contacté le support technique de son contractant externe avant de soumettre une plainte concernant des problèmes survenus lors d’un test à distance, il devrait clairement énoncer cette exigence dans l’avis de concours, plutôt que dans les instructions. Toutefois, il est important qu’EPSO fasse preuve de flexibilité dans l’examen des plaintes, car il peut y avoir des scénarios dans lesquels il n’est pas possible pour les candidats de contacter le support technique et/ou d’obtenir des tickets ».
La politique actuelle d’EPSO en matière de plaintes a laissé de nombreux problèmes non résolus, alors que ces problèmes techniques récurrents pourraient être évités. EPSO aurait intérêt à mener une brève enquête avant de rejeter les plaintes, ce qui permettrait de découvrir des problèmes sous-jacents liés à la configuration matérielle spécifique des candidats. Des questions simples pourraient clarifier des facteurs tels que l’utilisation d’un moniteur externe, l’utilisation d’un ordinateur portable, le système d’exploitation et la capacité de mémoire de l’appareil. Compte tenu des investissements réalisés par les futurs collègues pour garantir un équipement fiable depuis la fermeture des centres d’examen, la compréhension de la configuration technique des candidats permettrait d’améliorer le processus d’examen. Par exemple, le Médiateur a souligné que les problèmes liés aux écrans plus petits des ordinateurs portables nécessitent une communication plus claire afin de s’assurer que les candidats sont bien préparés et ne sont pas désavantagés par les différences d’équipement.
« EPSO devrait se pencher sur cette question, par exemple en demandant à son contractant d’optimiser l’application ou la structure du test, afin qu’elle soit compatible avec différentes tailles d’écran (y compris les écrans d’ordinateurs portables standard), ou en prenant d’autres mesures pour s’assurer que les candidats ne sont pas désavantagés en raison de l’équipement auquel ils ont accès ».
L’EPSO a lui-même reconnu ce défi dans le rapport du Médiateur : « L’application et le contenu du test sont conçus pour des écrans plus grands, mais certains candidats peuvent ne pas avoir accès à de tels écrans et ne disposer que d’écrans d’ordinateurs portables ».
Comme l’a reconnu EPSO, cela signifie que les candidats qui utilisent uniquement des écrans d’ordinateurs portables plus petits auront des difficultés à lire le matériel de test et seront donc désavantagés pour passer le test.
Malgré ces défis, il convient de noter les améliorations apportées à la structure des examens. L’EPSO offre désormais la possibilité de passer les examens dans 24 langues différentes, ce qui ouvre des portes à de nombreux candidats qui auraient auparavant hésité à s’inscrire en raison de barrières linguistiques. En outre, le matériel d’examen écrit est disponible deux semaines avant l’épreuve sur le site web de l’EPSO, ce qui laisse aux candidats suffisamment de temps pour se préparer. Pendant l’examen, les candidats disposent de 40 minutes pour répondre à une question spécifique. En ayant la possibilité de le faire dans leur langue maternelle, de nombreux professionnels qualifiés à travers l’UE pourraient se sentir plus encouragés à participer. Les dates de 2025 sont désormais disponibles sur le site web de l’EPSO, accessible via la même plateforme de test, TestWe. Bien que cette plateforme reste utilisée pour l’instant, EPSO a lancé une procédure d’appel d’offres pour sélectionner un nouveau fournisseur, ce qui promet des changements potentiels à l’horizon.
Rejoignez-nous pour construire une Europe plus forte – votre voyage, notre avenir.
Améliorer les procédures de sélection et de recrutement

Pourquoi un dialogue social actif et constructif est nécessaire pour améliorer les procédures de sélection et de recrutement au sein de la fonction publique européenne
Intervention de Georges Vlandas au séminaire des organisations syndicales du 11 décembre 2023
La première garantie d’un service public européen efficace, agile, et novateur réside dans la qualité du processus de sélection et de recrutement que nos institutions parviendront à mettre en place.
Or, le recrutement dans les institutions européennes est en crise et il ne se passe pas une semaine sans qu’EPSO, l’office en charge de la sélection du personnel de notre fonction publique, ne fasse l’objet de très vives et diverses critiques, y compris de la part des institutions qui ont recours à ses services.
Cette crise nous affecte à plus d’un titre.
- Il s’agit tout d’abord des candidats eux-mêmes qui sont mal traités.
- Il s’agit par la suite du fonctionnement des services qui ont besoin pour accomplir leurs tâches des ressources humaines additionnelles et qui ne les obtiennent pas.
- Il s’agit aussi de la garantie de la légitimité de nos procédures de recrutement et de sélection.
- Il s’agit par ailleurs du déséquilibre provoqué entre la part d’agents contractuels et temporaire et la part de fonctionnaires recrutés du fait du retard pris dans la sélection
- Il s’agit enfin de l’image de la Commission par rapport surtout à la société européenne dans son ensemble.
La situation est suffisamment préoccupante pour que la recherche de solutions à la crise actuelle se fonde sur un constat solide et partagé, ce à quoi notre session veut contribuer, sur les disfonctionnements des procédures de sélection et au-delà du recrutement.
Pour ne citer que les plus importants:
– procédures trop longues qui découragent ainsi l’attrait des nouveaux talents,
– des tests de sélection inadéquats qui ne permettent pas de recruter les meilleurs candidats,
– le délai entre la sélection des candidats et leur recrutement
– les problèmes de multilinguisme….
Sur base d’une réflexion renouvelée sur les contenus, la nature des concours et la procédure de sélection, il nous faut un dialogue social actif qui implique tous les acteurs concernés – la représentation du personnel, la DG HR, le management EPSO, y compris les autres institutions. Il nous fait également une consultation plus large, impliquant d’autres acteurs y compris ceux de la société civile, par exemple des représentants des candidats, voire des experts du recrutement et de la sélection etc.
Le défi à relever est de concevoir les contours d’un recrutement diversifié et attractif d’un personnel européen de qualité qui garantisse à la fois son unicité, sa motivation européenne et sa diversité.
Ce futur processus de recrutement prendrait majoritairement la forme classique, mais renouvelé, des concours externes et, en parallèle, celle du recrutement d’un personnel contractuel ou temporaire, avec la possibilité structurelle de leur intégration permanente dans la fonction publique européenne, via des concours internes ou des procédures ad hoc.
Il en va de l’avenir de notre fonction publique européenne.